Digital Humanities Manifesto 2.0 etc.

René Audet, 29 juin 2009

Publication récente de la version 2 du manifeste pour les digital humanities (à propos de la v1 : ici). Un PDF reprend le texte, mais où on tente de le dynamiser un peu (exploitation de la surface de la page, iconographie…) — bel effort, mais ça pourrait être davantage. Passons.

Tentative de saisie du champ, qui montre bien sa bicéphalité :

Digital Humanities is not a unified field but an array of convergent practices that explore a universe in which: a) print is no longer the exclusive or the normative medium in which knowledge is produced and/or disseminated; instead, print finds itself absorbed into new, multimedia configurations; and b) digital tools, techniques, and media have altered the production and dissemination of knowledge in the arts, human and social sciences. The Digital Humanities seeks to play an inaugural role with respect to a world in which, no longer the sole producers, stewards, and disseminators of knowledge or culture, universities are called upon to shape natively digital models of scholarly discourse for the newly emergent public spheres of the present era (the www, the blogosphere, digital libraries, etc.), to model excellence and innovation in these domains, and to facilitate the formation of networks of knowledge production, exchange, and dissemination that are, at once, global and local.  

Ce qui me dérange un peu dans le discours, c’est le petit côté « défenseur de la veuve et de l’orphelin » — les DH semblent intervenir sur tous les aspects où il fait bon se situer : open-source, interdisciplinarité, réinvention des approches méthodologiques, university/library without walls… Qui trop étreint, hum. Je comprends que cette perspective soit féconde, mais il serait pertinent d’identifier plus pragmatiquement les champs d’intervention, l’innovation méthodologique, plutôt que de se présenter en sauveur de la science et de la connaissance.

Proposition stimulante, néanmoins (qui fait bien ressortir l’enjeu des archives aujourd’hui, au sens le plus large possible), celle d’une interfécondité entre le curator et le scholar :

Digital Humanists recognize curation as a central feature of the future of the Humanities disciplines. 

Whereas the modern university segregated scholarship from curation, demoting the latter to a secondary, supportive role, and sending curators into exile within museums, archives, and libraries, the Digital Humanities revolution promotes a fundamental reshaping of the research and teaching landscape. It recasts the scholar as curator and the curator as scholar, and, in so doing, sets out both to reinvigorate scholarly practice by  means of an expanded set of possibilities and demands, and to renew the  scholarly mission of museums, libraries, and archives. A university museum worthy of its name must become at least as much a  laboratory as, say, a university library. An archive must become a place of teaching and hands‐on learning. The classroom must become a place of hands‐on engagement with the material remains of the past where the tasks of processing, annotating, and sequencing are integral to process of learning. Curation also has a healthy modesty: it does not insist on an ever more impossible mastery of the all; it embraces the tactility and mutability of local knowledge, and eschews disembodied Theory in favor of the nitty‐gritty of imagescapes and objecthood. 

À proximité, les enjeux de recherche collaborative en SHS : un spécial Cluster de Digital Humanities Quarterly et une liste d’exemples de projets collaboratifs en SHS. De quoi s’inspirer…

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Inscrire le contemporain dans le temps

René Audet, 8 juin 2009

Dans le contexte d’une réflexion sur la saisie de la période contemporaine, j’ai tenté de jauger notre perception commune de l’immédiateté et de la situation intemporelle du contemporain. En résulte une discussion autour de deux axiomes : le contemporain commence au point de rupture entre historicité et actualité, et le contemporain se situe en dehors de l’histoire, narrativement parlant. Première réflexion proposée sur Salon double, l’observatoire de la littérature contemporaine, dans le cadre de sa nouvelle section Antichambre.

Dans le même esprit, mais sur un tout autre registre : naissance de la collection « Contemporanéités » aux Éditions Nota bene. Deux premiers titres publiés simultanément : Enjeux du contemporain. Études sur la littérature actuelle, et L’œuvre de Gérard Macé. Une oltracuidansa poeticaPlus d’info ici.

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Glose (les annotations, les entours, l’œuvre)

René Audet, 29 mai 2009

Époque de rapidité, il est souvent facile de céder à la tentation de simplement signaler : hop sur twitter, schling dans delicious, clic dans les signets au pire. Mais quel bénéfice y a-t-il à stratifier l’information ? à accumuler pour le plaisir de la quantité ? Avec la montée du web sémantique, je reste avec un arrière-goût désagréable : à trop vouloir coder, à trop vouloir accumuler, on en vient à la seule possibilité de statistiques, de schémas à titre indicatif, mais le sens reste toujours à construire, à dénicher.  

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Même réflexe à l’instant. Je jette un oeil aux onglets restés ouverts dans mon navigateur (récupérés avec difficulté après redémarrage imprévu/imposé), textes que je m’étais dit qu’il me faudrait lire. Le premier, pur hasard : La Grange. Le temps de vérifier qui est ce Karl (ah oui, Karl Dubost), de me dire que cet extrait s’inscrit tout à fait dans le fil de mes réflexions (tout en posant la question de la nostalgie de la forme livre) :

Des feuilles liées ensemble par un format, une physicalité propre à un environnement technologique forment un livre. Une œuvre (un écrit romans, essais, nouvelles, etc.) sur un site Web présentée sous la forme d’un livre avec des pages que l’on doit tourner au moyen de la souris me rend profondément triste et me détourne de l’expérience.

Une œuvre n’est pas un livre.

Donnez moi le texte. Oubliez votre contrôle. Je veux pouvoir lier les œuvres entre elles, les réseauter, les manipuler, les sculpter, les agrémenter de mes photos, créer des liens vers des pages, des cartes. Je veux pouvoir enrichir le texte tout comme je le fais avec mon imagination. Mettre une œuvre en ligne et l’enfermer dans un pseudo-livre tue toutes passions autour du texte et de ce que la technologie permet.

Premier réflexe : signaler. Disséminer. Mais à quoi bon ? Simplement appuyer un point de vue (qui est en l’occurrence une réaction à une citation d’un ouvrage de Mark Kingwell) ? Et le mien ? Que vaut le mien, d’ailleurs ? Le mettre là, et espérer que quelqu’un le relaie, en tant qu’annotation-d’une-réflexion-suscitée-par-une-citation ? La substance est bien relationnelle…

Et là de voir que Karl Dubost rapplique, quelques jours plus tard, avec une tournée des protocoles possibles d’annotation du web. Son analogie initiale rapproche l’annotation du graffiti :

Une annotation est comme un graffiti, un commentaire, une note de pied de pages, c’est une information supplémentaire dans l’espace contextuel de la page.

Nous entrons (si nous n’y sommes pas déjà) dans le paradigme de la glose. Démultiplication à l’envi des variations, des déclinaisons, des reprises (souvent de rumeurs, pas même d’informations). Le référent se virtualise de plus en plus, la glose devient inscription parallèle et non autorisée (à la manière d’un graffiti), la glose est une méta-glose, où l’on perd l’origine du discours. Savons-nous encore de quoi nous parlons?

La glose n’est pas nouvelle : les textes religieux ont suscité ce rapport avec le langage, appelant une lecture-commentaire-relecture-recommentaire incessante. Montaigne a élaboré ses Essais depuis le geste de leur réécriture, de leur annotation, de leur augmentation interne. Quid de ce texte originel, aujourd’hui, à partir duquel travailler?

L’œuvre est un référent fondamental, qui balise le rapport avec l’expression et la représentation depuis des siècles. Dans la sphère numérique, son éclatement (déjà perceptible avec plusieurs trajectoires d’artistes du XXe siècle) se poursuit encore — son éclatement ou son caractère tentaculaire, d’ailleurs ? Le travail de François Bon, que je suis davantage, ou encore celui de Philippe de Jonckheere, ou autrement encore celui de Jean-Pierre Balpe, illustrent bien l’estompage des frontières empiriques et conventionnelles des œuvres. D’une certaine façon, ils incarnent bien l’idée forte d’un œuvre, celui d’un auteur, qui se construit sans cesse, sans contrainte de support et d’identité des objets, sans obligation de début et de fin, et qui n’est autre que la somme (non accumulation mais conjugaison) de ses parties.

En serions-nous ainsi à l’étape de l’œuvre au noir — rappel du Petit Robert : « le premier stade du grand œuvre consistant en la dissociation de la matière »?

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La dialectique de l’œuvre et de la glose sera au cœur d’un colloque qui se tiendra la semaine prochaine, à l’initiative de Mathilde Barraband et de Jean-François Hamel. « Les entours de l’œuvre. La littérature française contemporaine par elle-même » constituera une bonne mise à l’épreuve de cette relation tendue — cette tension n’émanant pas tant de l’examen des pratiques même des auteurs canoniques qui seront majoritairement convoqués que par le gouffre qui les sépare des aventuriers du numérique qui trouvent à investir et habiter un espace autrement configuré, où les notions d’œuvre et de frontière se définissent si différemment…

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Dépôts institutionnels —: maturité de la réflexion ?

René Audet, 26 mai 2009

Il y a toute une activité dans la réflexion autour des dépôts institutionnels et de la constitution de fonds d’archives numériques. Open Access News / http://www.earlham.edu/~peters/fos/fosblog.html en est un bon relais. J’essaie de repérer ce qui est plus immédiatement lié à mes projets (quand il est question de Fedora, la solution envisagée, des protocoles d’interopérabilité, des logiciels concurrents). Récemment, fusion DSpace et Fedora / http://www.duraspace.org/pressrelease.html , qui fait réfléchir… Suivre le flux Delicious / http://delicious.com/reneaudet (voir sur cette page, la section “Repéré sur le web”) pour remonter le fil de certaines lectures (faites ou à faire).

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Digital born lit-killer ?

René Audet, 30 avril 2009

À défaut d’avoir un texte écrit de ma communication au colloque Histoires et archives. Arts et littératures hypermédiatiques, ma présentation est consultable ici. Façon de laisser une trace de cette réflexion que je souhaiterais bien poursuivre.

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Diffuser les articles scientifiques en version numérique avant le papier ?

René Audet, 24 avril 2009

Hubert Guillaud fait écho à un coup de gueule d’Olivier Ertzscheid sur le tempo de la publication scientifique. Mais derrière la volonté d’un accès libre,  intégral et immédiat aux articles, quelle réalité contraint-elle les directions de revues ? Tentative, de ma part, de mettre en perspective, et surtout de se questionner sur les outils favorisant la diffusion rapide sans pénaliser l’équilibre économique fragile des revues savantes — voir les commentaires.

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Le livre : fin de la séparation du corps et de l’esprit ?

René Audet, 20 avril 2009

N. Katherine Hayles, « Print is Flat, Code is Deep : The Importance of Media-Specific Analysis », Poetics 2004. Observation préliminaire :

the long reign of print made it easy for literary criticism to ignore the specificities of the codex book when discussing literary texts. With significant exceptions, print literature was widely regarded as not having a body, only a speaking mind.

En conclusion, après avoir dressé le portrait des enjeux médiatiques de la littérature hypertextuelle :

In retrospect, we can see the view that the text is an immaterial verbal construction as an ideology that inflicts the Cartesian split between mind and body upon the textual corpus, separating into two fictional entities what is in actuality a dynamically interacting whole. Rooted in the Cartesian tradition, this ideology also betrays a class and economic division between the work of creation—the privileged activity of the author as an inspired genius—and the work of producing the book as a physical artifact, an activity relegated to publishers and booksellers. As the means of production moves into the hands of writers and artists for both print and electronic media with desktop publishing, fine letter presses run by artists’ collectives, such as the Visual Studies Workshop Press, and electronic publishing on the Web, the traditional split between the work of creation and the work of production no longer obtains. This shift in the economic and material circumstances in which literary works are produced makes all the more urgent the challenge of rethinking critical and theoretical frameworks accordingly. We can no longer aord to pretend that texts are immaterial or that text on screen is the same as text in print. The immateriality of the text has ceased to be a useful or even a viable fiction.

(en préparation pour le colloque Histoires et archives — Arts et littératures hypermédiatiques du NT2)

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