Archives pour la catégorie 'Littérature électronique'

Du livre, du livre électronique et de la lecture

18 novembre 2008

Quelques réactions à chaud (bah, à peine tiède, avec une journée de retard) sur le texte de Marin à propos du livre numérique. Texte polémique, bien sûr, parce qu’il n’est pas d’emblée vendu à l’idée des ebooks/liseuses, parce qu’il tente de mettre l’idée du texte numérique à distance et d’en voir les tenants et aboutissants aujourd’hui.

Plusieurs propositions sont pertinentes (et elles étaient nécessaires); à titre d’exemples :

Malheureusement pour le livre électronique, il semble évident que la métaphore a constitué la matrice de l’invention de l’objet. Dès lors, c’est un objet que l’on a conçu, avant de penser un usage.

[Parlant de la liseuse, ici le cas du PRS 505 de Sony] En outre, l’objet est lent, très lent. Il est lent à mourir. Le paradoxe est fort : le livre est bien plus rapide !

Au delà de l’analyse (procès) de l’objet (et j’appuierai encore un peu plus sur le facteur confort de lecture), c’est la conception du livre qui me paraît un point déterminant ici. Marin le considère comme un point d’aveuglement dans la réflexion actuelle sur le texte numérique :

Et si on essayait de penser l’avenir de l’édition électronique sans se référer en permanence au bel objet qu’est le livre et aux nobles rayonnages des bibliothèques familiales ou des bibliothèques publiques ?

Je comprends et je souhaite contester à la fois. Le paradigme du livre est rigide et, jusqu’à un certain point, étouffant — parce qu’il balise la zone d’intervention de façon inutile, parce qu’il pourrait empêcher, de la sorte, to think outside of the box.

Mon malaise est toutefois double.

1. La série d’hypothèses proposée par Marin met en opposition le livre et l’édition électronique (« le livre est un optimum » et « l’édition électronique constituera un nouvel optimum »). Dans mon esprit, il n’y a que l’édition, et cette interface opère entre le caractère brut du texte, du langage et son incarnation dans un univers / lieu policé (polissé ?). Reste ensuite à envisager quelles sont les modalités de l’incarnation : livre, support périodique, affiche, pulp, tract, support électronique web / carnet / revue / hypermédiatique… L’optimum est donc à construire, comme le conclut lui-même Marin ; n’en sommes-nous pas à des prototypes intéressants dont le polissage reste encore à pousser plus avant, en fonction de nos usages, des possibilités offertes par une plateforme électronique, etc. ?

2. Les sept caractéristiques du texte numérique : ah…! Cette réflexion s’impose, pour sûr. Et c’est une façon de ne pas se laisser aveugler par les possibilités médiatiques actuelles. Mais toute tentative de saisie opère une sélection (et peut créer de l’insatisfaction…!). Ma gêne ne se situe pas tant dans le portrait du texte numérique proposé que dans le portrait du livre dessiné en creux par cette énumération. (Et je ne souhaite pas jouer ici le rôle du Néo-Luddite — pour le moins qu’on me connaisse, je n’en ai guère le profil…)

L’image souvent véhiculée du livre est celle d’une brique massive, statique et linéaire (c’est d’ailleurs le poids de l’histoire du livre qui se fait sentir par là, avec une conception du Beau liée à l’unité organique du contenu, au filé du discours, à l’empire de la rhétorique [il faut relire le Barthes pré-textualiste dans « Littérature et discontinu » à cet effet, Mobile de Butor étant un bel exemple du caractère potentiellement décoiffant du livre...]). On oublie deux faits à mon sens déterminants à propos du livre.

D’une part, il s’agit d’une ressource profondément tabulaire, qui combat intensément la linéarité traditionnelle du discours (table des matières, notes en bas de page, division en chapitres / parties, renvois internes à d’autres sections du livre, tableaux et images insérés  — sans compter, du côté du lecteur, l’annotation par les lecteurs, les coins de page pliés, les paperoles glissées entre deux pages, les passages à relire en lien avec tel extrait). Tabularité fondamentale du substrat matériel du livre, avec des us et des conventions établis avec le temps… mais où est-elle dans cette définition du texte numérique ? Quelque part sous-entendue (le texte numérique est annotable ? hypertextuel ?), la tabularité du texte numérique renvoie-t-elle en fait à un archaïsme du texte matériellement incarné ? Ce serait donc postuler que le texte numérique, pour référer à ces liseuses qui permettent de grossir le caractère et qui de fait annulent le cadrage dans un format-page directement hérité de notre rapport avec le livre, est fondamentalement désincarné, que son inscription dans l’espace est en soi toujours contingente et qu’il refuse de se lier à toute spatialité un tant soit peu programmée en amont… Comment définir le travail éditorial, dans ce contexte ? Simplement une caution scientifique sur ce qui est diffusé ? Plutôt : il faut réinventer le rapport éditorial avec le texte, car il ne s’agit plus de monter un texte, mais de lui donner des attributs qui ne sont plus spatialement déterminés.

D’autre part, peindre un tel portrait du livre, c’est à l’évidence considérer (on l’oublie fâcheusement dans les débats actuels) que la lecture, comme acte, comme parcours, est infiniment active dans l’approche du livre. Recevant comme traces d’une tabularité des usages du livre toutes les marques du lecteur évoquées plus haut, nous devons reconnaître que l’activité du lecteur est très importante (en volume, en incidence sur l’interprétation) et qu’elle n’est pas subordonnée à la linéarité de la rhétorique du discours : interruptions, retours en arrière, lectures parallèles (dans le livre et dans d’autres ouvrages), relecture… En quelque sorte, le texte numérique se trouve à incarner (beau paradoxe…) les modes d’opération de la lecture (lier, déplacer vers une autre partie, annoter, indexer). C’est dire à quel point le texte numérique se construit depuis la lecture du livre et non contre elle (ou à l’écart d’elle).

*   *   *

À quoi tout cela nous avance-t-il ? Je crois que l’exercice de Marin est nécessaire, voire impératif dans la situation actuelle, car il remet sur la table la question non pas de la technologie, mais celle de l’interface, des usages, des modes d’appropriation. La frénésie technologique nous met souvent en situation de contemplation devant les innovations, mais trop peu nous engage dans une réflexion appliquée sur les usages, réflexion pouvant exercer une pression sur les fabricants des machins technologiques. Problèmes d’offre, de cadrage commercial (« avec ou sans premier livre lors de la vente ? »), de fonctionnalités : ce que relève Marin constitue sans nul doute un point de départ pour exercer cette pression sur les Sony, Amazon et autres fabricants de liseuses. Il faut voir là non pas du bashing contre les livres électroniques, mais une insatisfaction productive, qui nous empêche de s’installer dans le confort commercial des vendeurs de rêve. 

(photo : « Warning! Do not read », YanivG, licence CC)

Catégorie : Littérature électronique, Technologie | Un commentaire

Le retour de la littérature par souscription ?

16 novembre 2008

J’ai suivi avec intérêt le projet de François Bon, celle des éditions numériques Publie.net. D’abord avec scepticisme, je l’avoue (la déconfiture de 00h00, mauvais timing explique, laissait un goût amer à ce type d’expérience mené par des individus et non par une société aux reins solides). Mais tranquillement ma perception change, notamment par l’identification de quelques principes qui guident le marché de la littérature électronique.

• Un principe éditorial : favoriser la montée de nouveaux supports (le Kindle d’Amazon et les PRS de Sony), mais à l’intérieur du paradigme du Livre (celui que Barthes aimait à décrire dans « Littérature et discontinu », à propos de Mobile de Butor).
• Un principe littéraire : faire de la littérature, point (c’est toute l’ambiguïté du cas We Tell Stories, j’y reviens bientôt, oui).
• Un principe disséminatoire : diffuser, point (pas de DRM, imposer des tarifs minimaux, permettre des accès bibliothèques).

Ce dernier sous-point, celui des accès bibliothèques, crée chez moi un peu de perplexité. C’est qu’il y a une relation étrange qui se développe avec les corpus scientifiques et littéraires qui sont rendus accessibles par les organismes (bibliothèques universitaires, bibliothèques nationales)… L’évolution du marché des produits éditoriaux scientifiques est en soi assez étonnante. C’est comme revisiter l’histoire de l’édition :

— une capacité de production est liée à la souscription à un projet de livre (c’était le cas des grandes entreprises comme les encyclopédies ou les entreprises risquées, d’abord en Angleterre au XVIIe siècle puis en France au XVIIIe siècle) ;

— déplacement : les individus encouragent l’éditeur (le libraire-imprimeur) en achetant un livre produit par lui ;

— déplacement : les individus encouragent l’éditeur et de petits auteurs en achetant un best-seller produit par cet auteur ;

— déplacement : les bibliothèques encouragent les éditeurs en achetant leurs livres;

— déplacement : les bibliothèques encouragent les éditeurs en souscrivant à des collections entières, à des revues ;

— déplacement : les bibliothèques encouragent les éditeurs et les distributeurs en souscrivant à des paniers entiers (de livres et revues numériques).

(Évidemment, ce petit portrait historique est faussé, notamment en raison de la neutralisation du rôle du libraire…).

Et il n’est pas abusif de prétendre que bien des revues savantes et des collections d’éditeurs scientifiques (voire la production entière de ces éditeurs) survivent aujourd’hui grâce à ces souscriptions contractées par les bibliothèques… La souscription s’explique par une relation entre un fournisseur et un consommateur, pour le placer en termes de marché. Mais sur quoi repose cette relation privilégiée ? Si au départ c’était le prestige d’un auteur, l’intérêt d’un projet (ou son caractère risqué…), aujourd’hui cela repose d’une part sur une ambition d’exhaustivité (ou d’offre la plus importante aux usagers, facteur de plus en plus critique pour les bibliothèques), d’autre part sur une foi scientifique : toute source de savoir mérite qu’on la diffuse.

Les logiques sont-elles bien différentes, lorsque l’on compare les corpus scientifiques et les corpus littéraires ?

En ce qui concerne les corpus littéraires, il y a certes des spécialisations associées aux bibliothèques publiques et universitaires (selon les politiques internes, certains sous-ensembles sont privilégiées, fonction des publics visés). La remarque s’appliquait fortement aux corpus matériels (livres, périodiques) ; est-ce que ces orientations politiques guideront aussi la souscription aux contenus littéraires numériques ? En théorie, rien ne laisse croire qu’il en sera autrement… mais les institutions se prêteront-elles de la même façon au repérage des contenus numériques, à leur validation (la foi…) et à leur souscription individuelle ? C’est évidemment sans compter le problème irrésolu des liens 404 — il faudra vérifier périodiquement tous les liens numériques ajoutés au catalogue d’une bibliothèque (ou simplement attendre les complaintes des usagers ?).

Et est-ce que la souscription sera le critère d’inclusion des contenus dans les catalogues des bibliothèques ? Autrement dit, y a-t-il pertinence pour une bibliothèque d’écumer le web pour repérer des contenus scientifiques et littéraires pertinents qui seraient gratuits (donc, en soi, disponibles à tous) ? Les revues savantes en open access méritent certainement d’être référencées… mais que dire des contenus littéraires disséminés à tous vents ? Les bibliothèques remplaceront-elles Google ?

(photo : « cyclopedia », kellypuffs, licence CC)

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De la chose numérique (ou l’extension problématique du virtuel)

5 octobre 2008

Depuis les travaux2453665709_62359f8779_m.jpg de Roberto Busa sur l’index des oeuvres de St-Thomas d’Acquin, le domaine des médias interactifs s’est attardé au texte en tant que liste de mots (“words on a page”, Blackwell Companion to Digital Humanities, 4). L’évolution des sciences humaines assistées par ordinateur (humanities computing) vers les humanités numériques (digital humanities) coïncide peut-être avec la redéfinition des frontières du concept de “texte”. À l’instar de D.F. McKenzie, nous définissons le texte en incluant les données verbales, visuelles, orales et numériques, lesquelles prennent la forme de cartes, de musiques, d’archives de fichiers sonores, de films, de vidéos et de toute information conservée en format numérique.

Lisant l’argumentaire de l’appel à communications du prochain colloque de la Société pour l’étude des médias interactifs (Society for Digital Humanities), je me questionne une fois de plus, calque anglais/français aidant, sur les enjeux liés à la définition de la discipline des digital humanities.

Le terme est séduisant : efficace, right to the point (comme sait l’être l’anglais), il renvoie à l’idée que les sciences humaines peuvent s’incarner aujourd’hui dans la sphère numérique. De cette façon, nombre de chercheurs (amateurs ou professionnels) se retrouvent sous un même chapeau. Se côtoyent ainsi les analystes textuels assistés par ordinateur, les poéticiens des arts et littératures hypermédiatiques, les sémioticiens de l’espace numérique et les archivistes intéressés par la gestion des documents numériques.

Cette conception disciplinaire — transdisciplinaire, pour sûr — permet aux gens ayant des intérêts et des compétences apparentés d’entrer en contact, d’échanger des outils / méthodes (sans compter que ça plaît aux administrateurs et subventionnaires — les sous étant liés à ces manifestations de transversalité). Une telle passerelle permet ainsi à des seiziémistes anglais de discuter avec des contemporanéistes francophones, sur la base d’un terrain commun.

Mais quelles conséquences y a-t-il à ainsi définir un tel terrain commun ? De façon caricaturale, je dirais qu’il y a actuellement la même frénésie autour du numérique que celle qu’a sûrement pu générer l’apparition du codex, avant-hier à peine : les initiés se retrouvent entre eux, qu’ils soient théologiciens ou écrivains lubriques, afin de se supporter et de partager autour de la découverte, le temps que la chose se démocratise, se diffuse — ne soit plus une découverte. Ensuite, chacun retrouve son secteur… C’est une lecture médiologique de la chose — et c’est pourtant l’enjeu qui est le nôtre aujourd’hui.

C’est la même question qui se pose aujourd’hui à propos de l’édition — j’en parlais hier à Clément, en lien avec ses trucs, nos intérêts communs et nos échanges récents avec François : quel profit, quel danger à définir largement le champ d’intérêt ? Édition de la littérature contemporaine directement en ligne (comme publie.net), éditions critiques savantes, toute modalité de publication éditoriale invoquant le support numérique, diffusion de la recherche scientifique en ligne en accès libre : tout ça se retrouve sur un terrain commun, suscitant les ah! et les oh! des personnes impliquées, qui trouvent ainsi des interlocuteurs.

Quelle conséquence y a-t-il à tout mettre sous le chapeau du numérique ? À partir de quel moment est-il nécessaire / rentable / obligatoire de retourner vers les champs disciplinaires ? Deux observations me viennent d’emblée, de deux ordres différents.

  1. On n’a pas à trancher et à définir le moment du retour vers la terre natale : l’impulsion vient probablement naturellement, tout à la fois que les échanges transdisciplinaires seront toujours profitables et stimulants.
  2. Il faut par ailleurs veiller à contrer l’effet de ghetto qui guette les nouveautés prises d’assaut par ceux que la chose intéresse, établissant un droit d’exclusivité aux seuls initiés. Il y a de cet effet (et de ses ambiguïtés) dans le cas We Tell Stories (je me promets d’y revenir sous peu, il y a longtemps que l’idée me tracasse).

Comment assurer le retour vers la discipline, comment initier le mouvement de partage des nouveautés ? Comment faire en sorte que la problématique numérique ne reste pas l’apanage de quelques initiés ? La question se pose et s’impose.La démocratisation des outils informatiques eux-mêmes a probablement pour effet, pour l’instant, de contrer la ghettoisation. Mais la présence de passeurs demeure une donnée majeure dans le portrait. Et pour revenir à la SDH/SEMI et aux digital humanities : la question est de savoir à partir de quand la maîtrise avancée des nouveaux outils par certains dissout le terrain commun, disperse l’espace partagé de dialogue et recrée l’isolement disciplinaire. À moins que le perpétuel coup de pied sur le caillou de l’innovation, roulant de fois en fois au-devant de nous et nous appelant à le suivre, n’assure le rafraîchissement de cette nouveauté à apprivoiser, à propos de laquelle il faut partager ?

(photo: « the cover », squareintheteeth, licence CC)

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Du livre au numérique, une littérature se réinventant

29 août 2008

115805043_c5dac1db3c_m1.jpgFrançois Bon, partant des Conseils aux jeunes littérateurs de Baudelaireréfléchit au déplacement de la littérature sur le continuum livre — numérique :

le numérique désormais crée ses propres auteurs. Il me semble qu’on va de moins en moins prendre à la légère cet axiome : les auteurs qui naissent par le numérique accomplissent la vieille fonction littéraire [...]. Les auteurs nés par le numérique, dans leur diversité de pratique, constituent à la fois le visage actuel de la littérature, mais aussi le renouveau de ses fonctions. Ils ont peu à peu la charge de la continuité, de la transmission, que n’assument plus les instances traditionnelles [...] c’est là où l’approche collective que représente l’Internet d’aujourd’hui est devenu en deux ans un acteur majeur, qui reste en partie inconnue à ses propres participants, tant il ne vaut que par le collectif.     

Il y a là, il me semble, l’une des premières affirmations de cette intervention majeure de la communauté, du collectif, dans la transformation que le support numérique peut opérer sur les tenants et aboutissants de la littérature. Non pas le fait que cette mutation soit prise en charge par des conglomérats commerciaux aux reins suffisamment solides, au contraire : FBon insiste sur l’horizontalité des mouvements de redéfinition de l’édition littéraire. Des acteurs, des instances de médiation, tous plongés dans une économie/écologie aux principes encore à définir et à inventer. Et FBon de poursuivre sur le rôle capital d’une computer literacy au sens large :

Nos usages de l’information, du partage et de l’acquisition de savoirs, nos apprentissages, aussi bien que nos échanges privés et professionnels passent par le numérique. La réflexion sur le langage, sur le monde, sur la représentation, que nous installons progressivement s’appelle littérature. Il y a une disproportion d’évidence : ce que nous nommons le « contemporain » (ou bien « la littérature en train de se faire », au temps de Digraphe) est une part minime, silencieuse, discrète. Néanmoins, elle peut être le lieu sismique du basculement.    

Littérature comme témoignage du mode contemporain d’appréhension du réel, comme incarnation de nouvelles modalités d’expression de cette réalité, d’où la mobilisation de nouveaux outils, de nouveaux instruments adaptés à cette saisie du monde : voilà certainement l’une des lectures les plus fascinantes de l’inscription de la littérature dans l’univers numérique, qui se fait non par un geek illuminé (aussi sympathique soit-il!), mais par quelqu’un qui provient de la littérature au sens conventionnel du terme, qui travaille à cette transition et qui se permet de voir au-delà. (photo : « numeral types », threedots, licence CC) 

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Hypertextopia : Storyspace à la moulinette des webapps

5 mars 2008

Forking pathsHéhé, une traînée de poudre : Ben Vershbow, sur if:book, reprend l’info de Nick Montfort sur GrandTextAuto (qui l’avait repiqué de qumbler) ; Hubert Guillaud, sur la feuille, a pris le relais dans la sphère francophone.

Un étudiant à Brown University, au code bien tourné (Ruby on Rails + Javascript), produit un site permettant de créer des hypertextes de fiction à la sauce Storyspace : Hypertextopia. Version simplifiée, graphiquement réussi, user-friendly. Dans les mots de Vershbow : « The site is gorgeously done, applying a fresh coat of Web 2.0 paint to the creaky concepts of classical hypertext. »

Et ça déclenche des nuées de commentaires… Étonnant, considérant la disgrâce des hypertextes de fiction. Comme si le phénomène était nouveau. Vershbow n’en est pas moins explicite sur son inconfort face à ces productions qui le décoivent : « Hypertext’s main offense is that it is boring, in the same way that Choose Your Own Adventure stories are fundamentally boring. » Le pli réapparaît: comme si c’était le support qui créait les mauvaises fictions. On ne peut écrire un grand roman avec un Berol HB mal aiguisé, c’est connu. Pitoyable qu’on doive se le rappeler.

Sinon, malgré la naïveté de la chose, il peut être intéressant, pour mieux comprendre le projet de Jeremy Ashkenas (oui, c’est son nom… étonnant de voir que personne ne s’était occupé de lui rendre ses lettres de noblesse), de lire son Hypertextopia Manifesto, ne serait-ce que pour comprendre son intérêt spécifique pour les axial hypertexts :

The axial style helps the author to maintain narrative coherence in a hypertext by insisting on a beginning, an end, and a thrust of rhetoric that connects the two. After a reader has completed an axial hypertext, they should understand the point that the author is trying to make. This style is often contrasted against fully networked hypertexts, where the reader is free to enter at any point, proceed to any other point, and may leave at any time she chooses.

If the author has a definite meaning and feeling to convey, an axial style will help get it across, while making good use of the literary forms that hypertext offers.

Argument étrange, dans la mesure où la réticulation du support est ainsi totalement désamorcée. Sorte de fantasme de la digression rendue sur support virtuel — à la façon de Rayuela, de Cortázar…

(photo: « Derive at 04.NN: Boulevard of forking paths », adamgreenfield, licence CC)

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Expériences hypermédiatiques [+]

29 février 2008

alh08.jpgSe tenait à Québec, il y a une semaine précisément, une deuxième journée d’étude cette année de l’équipe de recherche sur les Arts et littératures hypermédiatiques (rattachée au laboratoire NT2). Huit communications stimulantes, déplaçant les frontières des conventions, bousculant les attentes.

Présence forte du thème de la création (offerte au lecteur-spectateur), à travers des œuvres artistiques (ArtClone) et littéraires (Soliloquy). Récurrence intrigante du motif du recueil hypermédiatique (chez de Jonckheere, chez Abrahams).

Photographie, nouveaux médias, art, littérature : autant de médiums pour explorer la culture à l’heure du numérique. Singulier, à l’évidence, mais nécessaire.

Le travail de l’équipe se poursuit (nouvelle subvention obtenue) : cette fois, réflexion et travail sur les procédés de visualisation de données — l’équipe s’adjoint Dominic Forest. Ce qui n’est pas sans recouper le nouveau projet sur Fabula de folksonomie contrôlée, pour offrir un taggage des contenus et une interface personnalisée (financement Adonis). Du plaisir en perspective.

[+]

Un compte rendu détaillé de la journée est disponible sur le site du NT2.

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Preserving Virtual Worlds

25 août 2007

Matt G. Kirschenbaum a récemment diffusé l’annonce du financement d’un projet voué aux enjeux posés par l’archivage des fictions interactives (de la littérature électronique jusqu’aux univers virtuels à la Second Life) :

The Preserving Virtual Worlds project will explore methods for preserving digital games, interactive fiction, and shared realtime virtual spaces. Major activities will include developing basic standards for metadata and content representation and conducting a series of archiving case studies for early video games and electronic literature, as well as Second Life, the popular and influential multi-user online world. [...] In addition to contributing to the work on Second Life, Maryland will take the lead on interactive fiction/electronic literature as a sub-domain of the project, and will be occupied with all aspects of scoping, metadata, intellectual property, evaluation, and archiving of these materials.

Le défi technologique est immense, mais l’ingénierie conceptuelle tout autant : c’est à une poétique des formes qu’on se confronte inévitablement lorsqu’on tente de sérier, de classer, de préserver de façon organisée. Le problème est constamment sous la lorgnette des chercheurs depuis le début des années 90, mais de façon bien théorique ; est-ce qu’un défi plus concret conduira à une réponse plus pragmatique ? Fraistat, Kirschenbaum et Kraus en proposeront sûrement une ; reste à voir si elle tiendra la route.

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