Envie d’aller voir ailleurs
16 mars 2010
Envie de diversifier les interlocuteurs académiques, envie de discuter d’autres problématiques, envie de voir les enjeux sous un autre angle, envie de changer de langue (aïe)…
[période de réflexion]
Jeudi, je vais voir ailleurs. C’est le jour des Digital Humanities, lancé l’an dernier par Geoffrey Rockwell.
Une famille existe là, les liens sont d’un autre ordre, les connivences sont codées. Reste à voir si les cousins sont réellement sympathiques…
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Que font les médias à la littérature ?
21 janvier 2010

Appel de comm pour un colloque étudiant portant sur les interactions entre médias et littérature, du 19e siècle à aujourd’hui (si ce n’est pas demain). Belle occasion pour les chercheurs-étudiants d’investir le champ de la culture numérique…
http://www.crilcq.org/activites/contribution/litterature_et_medias.asp
(photo : « media map », myiube, licence CC)
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Une heure ou deux pour la lecture et l’écriture
24 novembre 2009
Difficile de résister au besoin de faire connaître la douce folie énergique de Dave Eggers. Observation 1 : les enfants dans les écoles publiques bénéficieraient tellement d’avoir ne serait-ce qu’une heure par semaine dans un rapport un-à-un avec un enseignant ou un tuteur. Observation 2 : nombreuses sont les personnes plus ou moins directement liées au monde de l’éducation, de la lecture et de l’écriture (journalistes, rédacteurs, écrivains, professeurs, communicateurs), qui ont souvent l’avantage d’un horaire flexible.
Proposition : les rassembler pour promouvoir la lecture et l’écriture, dans un mouvement de maillage école/communauté. Que ces professionnels donnent une heure ou deux pour accompagner des jeunes dans leur appropriation du langage. Et tout ça dans un esprit pas du tout sérieux… Boîte de rédaction (édition, magazine) qui achète un étage d’un édifice, décide de faire un local pour du tutorat, mais est obligé de vendre quelque chose pour avoir pignon sur rue — pourquoi pas une boutique d’accessoires pour pirates ?
Once upon a school. Fallait y penser, et y mettre l’effort.
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La monographie numérique, ou la goutte au bout du nez
30 mars 2009
Martyn Daniels faisait écho récemment à une décision radicale de The University of Michigan Press, celle « [to] shift its scholarly publishing from being primarily a traditional print operation to one that is primarily digital ». Rien de moins. Migration de 90% des monographies sur support numérique dans les prochaines deux années, avec béquille assurée par l’impression sur demande.
L’état de l’économie et de la rentabilité de ces entreprises est certainement en cause (d’où probablement le bel euphémisme de Daniels : « University presses are experiencing challenging times and are adapting and changing. » !) Mais je reste toujours perplexe devant l’inconscience médiologique des acteurs du monde du livre savant. Car la myopie est flagrante : ce que l’on observe, c’est la débandade du marché de la monographie savante, en lien direct avec la difficulté de rentabiliser un titre. Dépasse-t-on ce constat? Phénomène plutôt rare.
Deux éléments à prendre en compte :
— La surenchère de la production scientifique sous cette forme fait en sorte que le marché est saturé (et les chercheurs itou). À titre indicatif, dans la lettre d’information bimensuelle de Fabula que je viens de publier à l’instant, la section Publications (regroupant revues, collectifs, monographies) compte 116 entrées, ce qui est un nombre très moyen… tout ça dans le seul champ Études littéraires, dans le domaine francophone (principalement). 116 nouvelles publications signalées en deux semaines ! Et question de faire jouer les statistiques : près de 7 800 annonces de parution depuis 10 ans. Saturation, disait-on ? Et le réflexe de Daniels est de se réjouir du maintien de la cadence :
Interestingly and refreshingly in today’s climate the shift is claimed not to be designed to save money, but to make better use of the money being spent on the press and no jobs will be eliminated.
— Le point le plus sensible est probablement celui qui est le moins lié à une question d’économie de marché… c’est la problématique du livre savant. Les études littéraires, comme certaines autres disciplines des sciences humaines, restent particulièrement attachées à la brique (à la monographie volumineuse et parfois verbeuse), alors que plusieurs autres disciplines (pas nécessairement toutes du domaine des sciences inhumaines) ont considérablement fait bouger les paramètres de ce qui est recevable, disciplinairement parlant, comme contribution scientifique. C’est donc ici un très beau cas de médiologie. Nous convenons aisément que la prose académique impose un format au livre qui la reçoit ; mais acceptons-nous de considérer que le support que nous utilisons conditionne notre propos ? Et de façon encore plus sensible : acceptons-nous même l’idée que la monographie puisse délaisser sa place comme étalon de la recherche littéraire aboutie ? qu’elle délaisse le support du livre pour s’incarner sur de nouveaux supports (et ainsi, potentiellement, délaisser le filé du discours qui le caractérise [cf. Barthes, « Littérature et discontinu »]) ?
La myopie est trop grande actuellement dans la sphère scientifique : obsédés par la goutte qui leur pend au bout du nez, ses acteurs ne voient pas le tournant qui approche et qu’ils risquent de manquer. Et ce n’est pas d’abord une question de papier et d’octets.
Pas lu/visionné mais lié : « Future of the Book : Can the Endangered Monograph Survive? » et Christine Borgman, « Scholarship in the Digital Age » (et son ouvrage du même titre)
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(&) Financement du CRSH : inéquité avec les autres organismes ?
10 février 2009
Je relaie la lettre de la présidente de la Fédération canadienne des sciences humaines, qui fait état du financement asymétrique en recherche au Canada. Autre objet de préoccupation, en lien transversal avec Québec Horizon Culture…
(merci à Emilia pour l’info)
Bulletin sur le Budget fédéral
Fédération canadienne des sciences humaines
Le 28 janvier 2009
Message de la présidente
Le gouvernement fédéral a dévoilé hier son budget pour l’année financière 2009-2010 dans lequel sont énoncées des mesures et des investissements visant à stimuler l’économie. Dans son budget, le ministre Flaherty a décrit des mesures destinées aux universités et collèges notamment des investissements pour:
· appuyer des projets d’entretien et de réparation dans les établissements postsecondaires,
· créer de nouvelles infrastructures de recherche,
· offrir 600 stages d’études supérieures additionnels dans les domaines des sciences et des affaires, et
· augmenter le nombre de bourses d’études supérieures du Canada.
Le financement pour les bourses d’études supérieures est alloué d’une telle façon que les IRSC et le CRSNG recevront chacun 40 % et le CRSHC recevra 20 %. Les bourses accordées par l’entremise du CRSH cibleront des programmes liés aux affaires.
Bien qu’il représente un premier pas positif, l’investissement dans les infrastructures de recherche et la bonification de programmes pour les étudiants ne reconnait pas la pleine contribution de la recherche et de la formation en sciences humaines pour être concurrentiels dans l’économie mondiale du savoir. La recherche relative aux affaires dans des domaines tels que le droit, l’éthique, la sociologie et le marketing ne représentent qu’une fraction de l’immense potentiel des arts et des sciences humaines dans l’économie du savoir.
On estime que les industries qui ont besoin du savoir et des compétences générées par les arts, les humanités et les sciences sociales comptent pour près de 700 milliards $ du PIB du Canada.
Dans son prochain budget, nous espérons que le gouvernement fédéral reconnaitra le rôle essentiel de la recherche et de la formation dans l’ensemble des sciences humaines pour contribuer à la reprise économique et à notre prospérité à long terme. La meilleure façon de réaliser ceci serait d’augmenter le budget du Conseil de recherches en sciences humaines.
La tendance au cours des dernières années qui a été de cibler les programmes et les dépenses s’est poursuivie avec ce nouveau budget. En outre, l’examen stratégique de tous les ministères et agences du gouvernement fédéral devrait entrainer une réduction d’environ 5% du budget de base du CRSH. Nous continuerons à suivre de près l’impact de l’examen stratégique sur le CRSH et chercherons les occasions d’influencer la mise en ouvre du budget de cette année et la préparation de celui de l’an prochain.
Nathalie Des Rosiers
Faits saillants du budget pour la collectivité des sciences humaines Coûts d’infrastructure
Une somme de 2 milliards de $ est prévue pour appuyer les projets d’entretien et de réparation dans les établissements postsecondaires. 70 % du financement ira à l’infrastructure des universités et 30 % à l’infrastructure des collèges. Les fonds seront accordés par Industrie Canada à des projets dont le bien-fondé et la pertinence par rapport aux priorités stratégiques du gouvernement seront démontrés. La contribution fédérale couvrira 50 % des coûts le reste provenant d’autres sources.
Bourses d’études supérieures et financement aux étudiants
Une augmentation « temporaire » de 85 millions de $ du Programme des bourses d’études supérieures du Canada a été annoncée. Les IRSC et le CRSNG recevront chacun 35 millions de $ en fonds non-ciblés (40% chacun) alors que le CRSHC recevra 17.5 millions de $ en fonds ciblés au domaines des affaires. Ces fonds représentent 500 candidats supplémentaires au niveau du doctorat qui seront financés à raison de 35,000 $ par année pendant trois ans, et 1,000 bourses de maîtrise valable pour un an et d’une valeur de 17,500 $ qui seront offertes au cours des années financières 2009-2010 et 2010-2011. En outre, 3,5 millions de dollars sur deux ans ont été annoncés pour offrir 600 stages d’études supérieures additionnels dans les domaines des sciences et des affaires, dans le cadre du Programme de stages en recherche-développement industrielle.
Conseils subventionnaires et examen stratégique
Le budget 2009 ne prévoit aucune augmentation directe au budget de base des trois conseils subventionnaires. À la place, il fait état d’économies découlant de l’examen stratégique des trois conseils totalisant 17,7 millions de $ en 2009-2010, 43 millions de $ en 2010-2011 et 87,2 millions de $ en 2011-2012. Lancé en 2007, l’examen stratégique des programmes et des dépenses est une initiative qui touche l’ensemble du gouvernement fédéral et vise à réaliser des économies qui sont ensuite réaffectées à de nouvelles initiatives, soit à l’intérieur du ministère visé ou dans un autre. Les économies réalisées par les conseils subventionnaires serviront à appuyer la réparation dans les établissements postsecondaires, la mise à niveau d’installations de recherche dans l’Arctique, la création de nouvelles bourses et stages à l’intention des étudiants aux cycles supérieurs, et les infrastructures de recherche par l’entremise de la Fondation canadienne pour l’innovation. Des informations supplémentaires sur l’examen stratégique et son impact sur les activités du CRSH seront disponibles au début de février.
Fondation canadienne pour l’innovation
750 millions de $ seront investis dans les infrastructures de recherche par l’entremise de la Fondation canadienne pour l’innovation. 150 millions de $ sont prévus pour accroître le financement destiné aux projets jugés méritoires dans le cadre du concours 2009 du Fonds de l’avant-garde et du Fonds des initiatives nouvelles. En outre, 600 millions de $ seront affectés pour des activités futures de la Fondation, notamment la tenue d’un ou de plusieurs nouveaux concours d’ici décembre 2010. Ces nouveaux concours seront lancés dans des domaines définis comme prioritaires par le ministre de l’Industrie, en collaboration avec la Fondation et orientés en fonction du plan stratégique de celle-ci.
Transfert à l’éducation postsecondaire
Le budget annonce une augmentation de 3 % par année au Transfert canadien en matière de programmes sociaux. Cela représente un montant de 10,9 millions de $ en 2009, et 10,4 millions de $ en 2010. Le budget ne spécifie pas quelle portion de cette augmentation sera affectée en transferts, dépenses directes et mesures fiscales pour l’éducation postsecondaire au titre du Transfert canadien en matière de programmes sociaux.
Programme national de formation dans le secteur des arts
Un financement additionnel de 20 millions de $ sur les deux prochaines années et, par la suite, de 13 millions de $ par année a été accordé au Programme national de formation dans le secteur des arts dont l’objectif est d’aider les établissements de haut calibre à former des artistes professionnels.
Renseignements sur le budget:
Le budget contient d’autres mesures relatives à la recherche et à l’éducation postsecondaire notamment les prêts étudiants et les installations gouvernementales. Le texte intégral du budget est disponible à l’adresse :
http://cts.vresp.com/c/?CFHSS/a6fa033a4a/ef1986a8a7/4fca583243
Pour commenter le budget ou recevoir plus d’information : fedcan@fedcan.ca
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(fiction) Une ville invisible
8 février 2009
Après la longue remontée de l’estuaire marquée par les murmures et les coups de rame du passeur, j’arrive au milieu de la nuit dans la cité de Sophia. Perchée sur un promontoire, résistant au vent comme une colonie de moules sur un rocher battu par les marées, elle se détache de la noirceur par une sorte d’aura verte, relent d’une nature avide de renaître malgré l’hiver bien installé.
Mes premiers pas dans la cité me font arpenter des rues étroites, ici bordées par d’antiques demeures, là aseptisées par un enchaînement de grands immeubles vides de sommeilleurs, là encore enfouies sous des vagues de neige. Je découvre un milieu favorable à la vie, malgré la rigueur apparente du climat ; les habitants sont en toute évidence maîtres chez eux et enclins à le demeurer.
Sillonnant cette cité nocturne, je me dis, sans crainte de me tromper, que le jour doit être ici trépidant, tant les nombreux signes inscrits dans la pierre des édifices, les installations et moulages plantés aux endroits les plus inattendus et les résidus d’images extérieures laissent entendre une grande vitalité de ses habitants. Je peux lire dans ces traces, malgré l’inanition momentané des lieux, le bouillonnement vif et bigarré de la collectivité. « Quelle grande réussite, quelle capacité de conduire les gens hors d’eux-mêmes et de proposer des incarnations de leur propre vision du monde… » À livre ouvert, la Sophia de la nuit se laisse découvrir par ce qui la distingue de toute autre cité de l’empire.
Transi dans la nuit qui tranquillement s’éclaire de la lueur de l’aube, j’entre pour me réchauffer dans un casse-croûte où je réfléchis à ce que je viens d’observer. Me prenant à évoquer à voix basse ces découvertes et à exprimer ma stupeur, un vieux barbu étire son menton hors de l’ombre de sa tasse de café fumant. À son invite, je lui manifeste mon admiration à propos de la capacité de la cité à se construire aussi magnifiquement. « La cité ? », répond-il, surpris. « Mais ce que vous voyez est pourtant l’issue d’une histoire mouvementée, vous savez. »
Érigée sur les ruines d’époques antérieures et de régimes politiques alternés, me raconte-t-il, Sophia voit sa modernité se dessiner dans la volonté de ses habitants de maîtriser leur destinée — leur premier geste a été de vouloir définir et investir leur discours, leur image, leur vision.
C’est en réponse à cette aspiration que se sont regroupés les grands Mages. Ils ont cherché dans la démesure l’idéal de leur collectivité. Imaginant d’immenses fresques, ils ont voulu peindre leur passé glorieux et la splendeur de leur milieu de vie. Ils ont construit de superbes presses, destinées à la diffusion des pages les plus nobles et les plus pures. Ils ont souhaité faire entendre, sous la direction de maîtres, les mélodies qui séduiraient toutes les collectivités environnantes. Le destin de Sophia ne pouvait être envisagé sous un meilleur jour.
Mais alors que les presses rouillaient par manque de mots à reproduire, que les couleurs refusaient de rendre l’image du passé et que l’on comptait plus de chefs d’orchestre que de musiciens, au profond désespoir des Mages, les petits Acrobates poursuivaient leur routine de contorsions et de voltige. C’est sans surprise qu’ils renversaient la boîte de caractères des imprimeurs et se mettaient à galoper sur ces minuscules échasses à travers la cité, laissant des chemins de mots derrière eux. Certains d’entre eux ont un jour empilé des blocs autour de quelques pacifiques arbres, soudant les constructions inertes à la vie cyclique de la cité. Du haut de leur tour, ils ont repéré des nids d’hirondelles à flanc de colline, où d’autres ont installé des boîtes à voix et des machines à ombres.
Peu à peu, les Acrobates ont pris l’habitude de se raconter leur vision de projets farfelus ; les uns ont réécrit les mots des autres ; certains ont même su inviter et faire entrer des Mages dans la danse. La cité s’est trouvée habitée par des œuvres lumineuses ou virtuelles, conjuguant le tissage de l’espace et les vibrations euphoniques. Dans le renouvellement constant de ses visages, elle apparaît maintenant insufflée de la vie même de ses artisans.
Malgré l’impulsion nouvelle souhaitée par les Mages, le désir profond de la cité de trouver à s’exprimer s’est d’abord révélé comme un ressassement du passé, de ses clivages et de ses égarements. Et c’est grâce aux Acrobates que la Sophia d’aujourd’hui trouve ses fondements dans les esprits éveillés de tous ses habitants et dans le partage de leurs illuminations.
Posant un fond de café maintenant refroidi, le vieux barbu se lève et marche d’un pas leste vers la sortie du casse-croûte, frottant ses mains caleuses sur son habit tout barbouillé de peinture. Je n’avais pas remarqué, pendant notre conversation, à quel point il est de petite taille.
* * *
L’Empereur — Quelle riche cité ce doit être… tant de vie, tant de réalisations…
Le Découvreur — Qu’importe l’or… Sophia a bien démontré que sa richesse réside dans la communauté que forment ses habitants, Mages et Acrobates, dans leur ouverture et leur collaboration. La parole reste dans la cité la monnaie d’échange capitale.
L’Empereur — Mais ce n’est pas une ville parmi 56 autres… Il faut la révéler, en faire le point de convergence de tous les citoyens de l’empire…
Le Découvreur — C’est là, cher Empereur, une illusion de votre part. L’essentiel de cette cité est invisible pour les yeux de qui n’y habite pas.
Sur ces mots, le Découvreur s’évanouit devant les yeux de l’Empereur, qui reste avec pour seul témoignage de Sophia cette chinoiserie d’histoire.
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(fiction) Un œil
20 janvier 2009
Un œil.
Simplement jeter un œil.
Je feuillette la liste des amis de mes contacts, les amis des amis, à la recherche d’un visage connu, d’un nom qui provoque un souvenir.
L’exercice est étourdissant : de dizaines en trentaines en centaines d’amis, qui défilent, qui réapparaissent, qui forment des réseaux.
Des réseaux contingents, que leur présentation ne justifie en rien, que leur exposition aplatit.
Des relations supposées, supposition d’amitié, mais en fait simple cohabitation, simple juxtaposition.
Je suis juxtaposé à des millions d’autres.
Je retrouve, par hasard, dans la liste des amis d’un ami d’une connaissance, un lien vers la page de Martin.
La photo est brouille, sombre, alors que son image dans ma tête est pixellisée.
La date de naissance, elle, ne ment pas.

C’est lui, lointaine rencontre, amitié passagère, vague amitié.
Son profil est accessible à tous : il anime sa vie virtuelle comme on prend ses courriels.
Je ne sais trop comment réagir devant cette invasion de sa vie privée dans la mienne.
Il s’invite chez moi, il apparaît dans ma classe de français, il me rejoint au gym — tout comme.
Évidemment, vie banale, il suit l’actualité.

Davantage qu’il regarde, il écoute, oui, probablement d’une oreille, simplement pour être dans l’air du temps.
Je m’abîme dans sa page, obsession subite devant le passé qui renonce à son statut de temps antérieur.
Remontant le fil des énoncés, je trouve une trace de son obsession à lui.
Apprendre à vivre ensemble, comme des frères, sinon mourir.
Quelle ironie de sa part.
Depuis toujours, il n’a pas vraiment d’amis.
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