Google : quand la quantité vise la qualité
31 décembre 2004
Google se lance dans la numérisation de grandes bibliothèques universitaires (Stanford, Michigan, Oxford, et Harvard de façon limitée). On en parle partout (ex.: NY Times (abonnement requis), Libération). Un pas en avant pour l’accessibilité de la culture, sans nul doute.
Je ne peux m’empêcher de trouver bizarre, conceptuellement parlant, cette transformation de Google… Un moteur de recherche, une base d’indexation ? ce qu’est Google à la base ?, c’est un miroir, un reflet d’un ensemble de données extérieures à ce moteur. Mais quand le reflet se met à ajouter des éléments à l’image qu’il projette, on se retrouve avec un outil hybride, bien sûr, mais encore plus avec un changement de cap.
Que penser de cet engagement dans la diffusion du savoir, si ce n’est la volonté de prendre une place déterminante ? de faire un putsch scientifique ? Les moteurs concurrents ne pourront jamais égaler cette somme de savoirs (créée de toutes pièces pour les besoins de la grandeur de G.) ? de facto, ils sont déclassés. Déclassés dans la quantité du savoir, mais aussi dans la qualité : la validité parfois jugée douteuse des sites web se voit ainsi compensée par le poids de la science rendue accessible par la numérisation des ouvrages publiés par des éditeurs sérieux, reconnus par l’ensemble de leur production. Google rattrape l’ancien monde pour confirmer son monopole dans le cyberespace…
Ajout 1er janvier: le commentaire de Martin Lessard me conduit vers son mot sur le même sujet : Google et la bibliothèque virtuelle, où il renvoie à la page de présentation du projet par Google: Google Print. Ce qui me fait sursauter dans cette page, c’est l’absence de référence aux bibliothèques universitaires qui ont accepté de participer au projet. Comme quoi Google n’a pas besoin de la notoriété de Stanford, Harvard et Oxford pour avoir de la crédibilité… (ou est-ce la peur d’effrayer sa clientèle en faisant allusion à des universités?)
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Érudit, pécule et la mort du papier
3 décembre 2004
Contraintes subventionnaires obligent, les revues savantes au Québec sont explicitement invitées à penser à la numérisation de leur production. « On a évité de peu l’abandon pur et simple de l’appui financier pour la production de versions papier des revues », rappelleront certains. N’avons-nous pas seulement fait un léger détour pour y arriver de toute façon ?
C’est ce que semble révéler, en filigrane, la situation actuelle des revues savantes engagées dans la machine Érudit, consortium de développement d’une plateforme unifiée de numérisation des publications savantes.
La mise en place imminente d’un accès filtré aux contenus produits par Érudit révèle au grand jour la logique sous-jacente à cette machine : flirtant avec les modèles commerciaux que sont JStor et Muse, Érudit vise à vendre des contenus aux institutions afin de faciliter la diffusion internationale de l’érudition produite au Québec. L’orientation économique est dominante, et elle porte à réflexion. Le fonctionnement du financement de l’entreprise est d’ailleurs étonnant : la production est assurée par la contribution des revues, qui sont elles-mêmes financées pour cette production par les FQR en échange de leur engagement à participer à cette plateforme (unifiée et par ailleurs unique). La diffusion, en revanche, est financée par les revues à un tiers qui assure la publicité et gère les abonnements électroniques.
Il ne faut pas être futurologue pour voir venir : même si les abonnements électroniques sont aussi coûteux que l’abonnement papier, les institutions comprendront rapidement que l’ère du virtuel mobilise moins de ressources (pas de manutention, pas de stockage, pas de frais connexes). Conséquence : chute dramatique des abonnements papier et démonstration, à moyen terme, de la non-pertinence de financer des revues pour une production papier. Beau et lourd détour pour en arriver au même résultat ; le rôle ingrat d’annoncer la mort du papier n’incombera pas aux subventionneurs, mais à des contingences du marché…
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