Théorie littéraire et culturalisme
31 juillet 2007
La revue La lecture littéraire (U.Reims / CRLELI) lance un appel à contributions assez intéressant, dans son propos et dans ce qu’il révèle de l’état de la réflexion sur la théorie littéraire en France. Conjuguant théorie et études culturelles, c’est toute la question du statut de l’art qui est réactivée :
tout texte, qu’il soit ou non présumé littéraire, peut sans doute être replacé dans une histoire culturelle des représentations qui en éclaire différents aspects.
Dès lors, pour certains, il n’y aurait plus de différence à établir, au sein du vaste ensemble des productions culturelles, entre objets usuels et objets artistiques, production de masse et production de qualité. Tous les objets, textuels ou non, relevant de la culture seraient également dignes d’intérêt.
D’autres continuent toutefois à distinguer l’activité artistique de l’ensemble des pratiques humaines. [...] Ce qui revient, plus nettement peut-être, à ne pas considérer de la même façon toutes les productions culturelles.
Littérature et études culturelles doivent-elles s’exclure ? Peuvent-elles dialoguer ? Comment envisager leur relation ?
C’est le choc des classes qui émerge ainsi, le choc des classes sociales et celui des niveaux de littérature, la culture populaire innervant le champ restreint en un melting-pot déstabilisant. Mais y a-t-il lieu de discriminer les pratiques ? Ici entrent en conflit les notions d’art, d’esthétique, de culture ? simple complexification de la traditionnelle opposition entre l’artisan et l’artiste ?
Les réponses qui seront proposées se révéleront fort emblématiques de la position des intellectuels français sur la recherche dans les humanités ainsi que du statut de la littérature et de la culture dans la société européenne.
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La diffusion du discours savant en évolution : livre, articles, web… (ou la fable des six aveugles indiens)
31 juillet 2007
Ben Vershbow, sur if:book, fait écho et commente les réflexions de Thomas Mann, un bibliothécaire qui s’interroge sur le rôle que ses collègues et lui pourront tenir dans la recherche scientifique. Son prétexte: à partir d’une question posée par un étudiant (sur la guerre du Péloponnèse), il tente d’évaluer la pertinence et l’efficacité d’une recherche en bibliothèque et d’une recherche sur Internet. C’est toute la problématique de la recherche documentaire qui émerge : cohérence des résultats, liens à établir entre les pièces trouvées, hiérarchisation des résultats, validation, etc. [Il y a là matière à un bel exposé sur les principes de la recherche documentaire, sur sa logique et son fonctionnement...]
La fable des six aveugles indiens (l’un décrivant l’éléphant dont il touche la patte comme un arbre, l’autre effleurant le flanc le figurant comme un mur…) sert à montrer comment l’entrelacs des données (toutes partielles) est fondamental dans la perception de la complexité d’une question (toutes les descriptions des aveugles étant insuffisantes pour donner un aperçu satisfaisant de la structure d’ensemble de l’éléphant). Mann aborde également la question des folksonomies, qu’il replace fort à propos dans son contexte (outil complémentaire aux catalogages classiques et non panacée).
Vershbow termine son article sur la question de l’avenir du discours savant : qu’arrivera-t-il si les chercheurs délaissent les formats conventionnels (monographies, ouvrages offrant des synthèses) au profit de formats mieux adaptés aux TIC, aux médias électroniques ? Et donc, à quoi serviront les bibliothécaires ?
True, librarians have gotten very good at organizing books over time, but that’s not necessarily how scholarship will be produced in the future.
C’est toute la question de l’innovation qui rejaillit, celle permettant de se coller aux besoins exprimés par les chercheurs.
La question est ouverte, est nécessaire, mais reste bien peu cadrée : les enjeux sont légion, et il importerait de les identifier, de les interroger. Conceptualisation et rédaction de discours scientifiques appuyés par de nouvelles structures logicielles; validation des contenus, édition, distribution, pérennité; indexation, catalogage, tagging… Voilà autant de balises (d’obstacles diront certains, de défis diront d’autres) qu’il faut prendre en considération dans cette volonté de s’ouvrir à de nouvelles voies pour le discours savant.
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Têtes fascinantes
31 juillet 2007
Depuis quelques mois, de nouveaux abonnements dans mon agrégateur me permettent de suivre les réflexions de quelques têtes fascinantes ? chercheurs et penseurs du monde des livres, des médias et d’Internet. Outre les échanges toujours stimulants de proches (CFD, Clément, Ana), de connaissances ou de collègues (Marin, Jill, G. Rockwell), j’ajoute à ma petite liste personnelle des visages découverts par croisement ou par hasard :
- Siva Vaidhyanathan, chercheur invité par le stimulant Institute for the Future of the Book (domaine: cultural historian and media scholar) ;
- le volubile Henry Jenkins (domaine : media and popular culture, directeur du MIT Comparative Media Studies Program) ;
- François Bon, dont j’avais sans raison apparente ignoré le blog, jusqu’à ce que je le recroise de nouveau il y a quelques semaines.
Les lectures se multiplient à un rythme exponentiel ; il y a là certainement les germes (et les premières pousses, à n’en point douter) d’une lecture aguerrie des enjeux posés par les médias et les TIC à la culture actuelle.
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