La piraterie à la lumière de la disponibilité
30 juillet 2009
Hugh McGuire, de BookOven, résume assez bien les enjeux liés à la piraterie, au marché et à la rareté. On est loin de l’affirmation trop commune soutenant que les branchés n’ont pas de respect pour l’économie de marché et qu’ils veulent tout gratuitement. C’est plutôt l’observation inverse qui s’impose :
If you, as providers of content, give me what I want, when I want it, at a reasonable price, I’ll be happy to pay for it. But if you don’t want to give me what I want, when I want it, I’ll be compelled – when I really want something – to find other ways to get it.
Certaines mauvaises langues diront que les branchés ne veulent pas se plier à l’état du marché… mais on peut facilement y voir le contraire — le marché ne suit pas les demandes de la clientèle, dont les modes de consommation ont considérablement évolué. Tout un rafraîchissement en vue des débats interminables sur Torrent, Hadopi, iTunes, les DRM…
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Nulle part
19 juillet 2009
La route des vacances m’a conduit hors de mon horizon habituel. D’où cette réflexion que je laissais sur twitter :

Et surtout de lire, dans les heures suivantes, le début de Cité de verre de Paul Auster, où Quinn, le protagoniste qui finira par s’évanouir, par disparaître, décrit son rapport avec la ville de New York :
Ses promenades les plus réussies étaient celles où il pouvait sentir qu’il n’était nulle part. Et c’était finalement tout ce qu’il avait jamais demandé aux choses : être nulle part.
Rapport avec l’espace aux antipodes, apparemment, mais la proposition d’Auster mobilise avec force la question de l’invention, de la littérature. En lien avec l’identité, avec la singularité, avec la saisie du monde. La disparition n’est pas un luxe offert à tous…
Pour le plaisir, paragraphe complet d’où est tirée la citation d’Auster :
New York était un espace inépuisable, un labyrinthe de pas infinis, et, aussi loin qu’il allât et quelle que fût la connaissance qu’il eût de ses quartiers et de ses rues, elle lui donnait toujours la sensation qu’il était perdu. Perdu non seulement dans la cité mais tout autant en lui-même. Chaque fois qu’il sortait marcher il avait l’impression de se quitter lui-même, et, en s’abandonnant au mouvement des rues, en se réduisant à n’être qu’un œil qui voit, il pouvait échapper à l’obligation de penser, ce qui, plus que toute autre chose, lui apportait une part de paix, un vide intérieur salutaire. Autour de lui, devant lui, hors de lui, il y avait le monde qui changeait à une vitesse telle que Quinn était dans l’impossibilité de s’attarder bien longtemps sur quoi que ce soit. Le mouvement était l’essence des choses, l’acte de placer un pied devant l’autre et de se permettre de suivre la dérive de son propre corps. En errant sans but, il rendait tous les lieux égaux, et il ne lui importait plus d’être ici ou là. Ses promenades les plus réussies étaient celles où il pouvait sentir qu’il n’était nulle part. Et c’était finalement tout ce qu’il avait jamais demandé aux choses : être nulle part. New York était le nulle part que Quinn avait construit autour de lui-même et il se rendait compte qu’il n’avait nullement l’intention de le quitter à nouveau.
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