Séditions : les points aveugles du territoire éditorial

7 mai 2010

sédition

En périphérie du colloque « Édition et sédition aujourd’hui », nous organisons, Patrick Tillard et moi, une table ronde sur les enjeux de la marginalité éditoriale, de ses points aveugles et de ses zones franches. Bienvenue à tous !

Table ronde « Séditions. Les points aveugles du territoire éditorial »

Avec :

François Bon, écrivain / éditeur, publie.net

Jean-François Chételat, Robert ne veut pas lire

Richard Gingras, librairie Chercheur de trésors et revue Steak haché

Normand Landry, doctorant à McGill sur les SLAPP

Nicolas Langelier, P45

Jasmin Miville-Allard, Conspiration dépressionniste

Bernard Sanschagrin, librairie L’insoumise

Table ronde animée par René Audet et Patrick Tillard.

L’événement se tient dans les locaux du Laboratoire NT2, à 17h30.

(405, boul. de Maisonneuve Est, local B-2300 ; métro Berri-UQAM)

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Édition et sédition aujourd’hui : acteurs, techniques, enjeux

7 mai 2010

Colloque que je coorganise à l’ACFAS vendredi 14 mai, conjointement avec Patrick Tillard. Inscription à l’ACFAS (dite) obligatoire.

Édition et sédition aujourd’hui :
acteurs, techniques, enjeux

Vendredi 14 mai 2010

Université de Montréal, pavillon Marie-Victorin, salle A544

Responsables

René AUDET, Université Laval

Patrick TILLARD, Université Laval


La sédition et l’édition se sont toujours côtoyées dans l’histoire du livre. La sédition utilise le texte pour s’opposer à l’État, à ses institutions, à son idéologie ; elle appelle à la révolte mais aussi au contournement de la voie officielle. « Samizdat », « Dazibao » et littérature clandestine du XVIIIe siècle ont suscité de nombreuses analyses, mais la sédition à l’époque contemporaine est moins connue. Cette ignorance, peut-être faussée par l’évidence quasi impassible du territoire littéraire officiel, évacue sa propre dévalorisation et les répercussions des tensions sociales sur son territoire. Pourtant, des formes de sédition dénoncent l’aveuglement de la pensée éditoriale actuelle ; elles dévoilent les rigueurs de la législation éditoriale et contestent la médiatisation littéraire.

André Schiffrin rappelle que si le contrôle de la parole des gigantesques multinationales issues de spectaculaires rapprochements limite effectivement la liberté d’expression, l’édition est particulièrement concernée. Sommée de privilégier la rentabilité plutôt que la liberté critique et créatrice, l’édition annonce à terme la défaite de l’écrit. La globalisation idéologique et économique dénature les idéaux liés au livre (l’humanisme de la Renaissance, la démocratie et l’esprit de résistance et d’investigation des Lumières) pour servir une domination qui « peut et doit maintenant refaire la totalité de l’espace comme son propre décor » (Guy Debord).

Les espaces de contestation, lorsqu’ils ne sont pas dévalués par des emballages chatoyants, se réduisent dangereusement et encouragent simultanément à la clandestinité. Il ne sera pas surprenant de trouver ailleurs des tentatives pour affirmer le sens perdu de mots pétrifiés. Parfois dans des cercles et des territoires marginalisés ou libertaires, ou dans une culture parallèle qui cherche ses marques, coexistent des sentiers littéraires (poésie, théâtre, fictions, essais) où des textes tentent de penser subversivement un réel qui échappe.

Livres, plaquettes, brochures dépourvus d’ISBN et de dépôt légal, production photocopiée ou impri-mée, puis diffusée dans des réseaux informels, dans des rassemblements de contestations, sous le manteau de quelques librairies, ou bien textes divers et blogs du Web, la sédition se manifeste sans se structurer dans des formes et une inventivité neuve comme si les langages rédigés s’articulaient en occupant des espaces laissés vides, oubliés, mais fourmillants de vie. La capillarité de ses réseaux informels remplace-t-elle l’ancien réseau d’imprimeurs clandestins, de colporteurs et de libraires identifiés par Robert Darnton dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle ? À leur tour, les publications sur le web permettent-ils une véritable internationalisation de cette littérature ? Diversité culturelle et transnationalité peuvent devenir des éléments dynamisant en termes de réception et d’échanges.

Quels sont alors les enjeux de la subversion qui se cherche et qui se construit dans ces anfractuosités ? Quels sont ses thèmes et ses objets ? Et quels piliers affronte-elle ?

Le support (numérique, livre) permet-il de donner un sens et un écho nouveaux à cette « littérature clandestine », à cette littérature qui se revendique plus libre et se veut débarrassée des contraintes professionnelles et de l’encadrement législatif ?

Qu’exprime la subversion enclose dans ces textes par rapport à la littérature, à sa capacité de représenter et réfléchir le monde ?

Enfin, pourquoi une certaine qualité de sédition interpelle-t-elle le territoire éditorial ? Sous quelles façons et que refusent-elles en lui ?

Programme :

Séance de la matinée : « Nouveaux positionnements, nouvelles prises de parole »

Présidence/animation : René Audet, Université Laval

9h00 — Patrick TILLARD, Université Laval

Ordre et territoires de l’édition contemporaine

9h30 — Alain DENEAULT, UQAM

L’accès à la justice comme condition d’accès à la parole publique

10h30 — Paul ARON, Université libre de Bruxelles

La mise au net favorise-t-elle la sédition? Le cas des revues littéraires en ligne

11h00 — François BON, écrivain / éditeur publie.net

De la littérature comme éco-système, et de ses conséquences numériques

Séance de l’après-midi : « Institution, marge et écriture »

Présidence/animation : Patrick TILLARD, Université Laval

13h30 — Marie-Andrée BERGERON, Université Laval

Variations du discours des féministes québécoises : De Québécoises deboutte ! (1971) à www.jesuisfeministe.com (2008)

14h00 — Jean-Benoît PUECH, écrivain / Université d’Orléans

L’Inédiste infidèle

15h00 — Dominic HARDY, UQAM

« Just watch me » : l’artiste pluridisciplinaire Dennis Tourbin (1946-1998) et la Crise d’Octobre au Canada

15h30 — René AUDET, Université Laval

Synthèse du colloque : quelles manifestations, quelle importance de la sédition aujourd’hui ?

*** Addenda (10 mai) : Jean-Benoît Puech ne pourra être présent au colloque pour des raisons personnelles.

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La fabrique du numérique : inscriptions ouvertes !

25 janvier 2010

fabrique du numerique

C’est ici que ça se passe :  http://contemporain.info/fabrique !

Et suivez-nous sur Twitter à @fabrique2010 pour les mises à jour, infos complémentaires, etc.

René, Éric et Clément

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La piraterie à la lumière de la disponibilité

30 juillet 2009

Hugh McGuire, de BookOven, résume assez bien les enjeux liés à la piraterie, au marché et à la rareté. On est loin de l’affirmation trop commune soutenant que les branchés n’ont pas de respect pour l’économie de marché et qu’ils veulent tout gratuitement. C’est plutôt l’observation inverse qui s’impose :

If you, as providers of content, give me what I want, when I want it, at a reasonable price, I’ll be happy to pay for it. But if you don’t want to give me what I want, when I want it, I’ll be compelled – when I really want something – to find other ways to get it.

Certaines mauvaises langues diront que les branchés ne veulent pas se plier à l’état du marché… mais on peut facilement y voir le contraire — le marché ne suit pas les demandes de la clientèle, dont les modes de consommation ont considérablement évolué. Tout un rafraîchissement en vue des débats interminables sur Torrent, Hadopi, iTunes, les DRM…

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Le retour de la littérature par souscription ?

16 novembre 2008

J’ai suivi avec intérêt le projet de François Bon, celle des éditions numériques Publie.net. D’abord avec scepticisme, je l’avoue (la déconfiture de 00h00, mauvais timing explique, laissait un goût amer à ce type d’expérience mené par des individus et non par une société aux reins solides). Mais tranquillement ma perception change, notamment par l’identification de quelques principes qui guident le marché de la littérature électronique.

• Un principe éditorial : favoriser la montée de nouveaux supports (le Kindle d’Amazon et les PRS de Sony), mais à l’intérieur du paradigme du Livre (celui que Barthes aimait à décrire dans « Littérature et discontinu », à propos de Mobile de Butor).
• Un principe littéraire : faire de la littérature, point (c’est toute l’ambiguïté du cas We Tell Stories, j’y reviens bientôt, oui).
• Un principe disséminatoire : diffuser, point (pas de DRM, imposer des tarifs minimaux, permettre des accès bibliothèques).

Ce dernier sous-point, celui des accès bibliothèques, crée chez moi un peu de perplexité. C’est qu’il y a une relation étrange qui se développe avec les corpus scientifiques et littéraires qui sont rendus accessibles par les organismes (bibliothèques universitaires, bibliothèques nationales)… L’évolution du marché des produits éditoriaux scientifiques est en soi assez étonnante. C’est comme revisiter l’histoire de l’édition :

— une capacité de production est liée à la souscription à un projet de livre (c’était le cas des grandes entreprises comme les encyclopédies ou les entreprises risquées, d’abord en Angleterre au XVIIe siècle puis en France au XVIIIe siècle) ;

— déplacement : les individus encouragent l’éditeur (le libraire-imprimeur) en achetant un livre produit par lui ;

— déplacement : les individus encouragent l’éditeur et de petits auteurs en achetant un best-seller produit par cet auteur ;

— déplacement : les bibliothèques encouragent les éditeurs en achetant leurs livres;

— déplacement : les bibliothèques encouragent les éditeurs en souscrivant à des collections entières, à des revues ;

— déplacement : les bibliothèques encouragent les éditeurs et les distributeurs en souscrivant à des paniers entiers (de livres et revues numériques).

(Évidemment, ce petit portrait historique est faussé, notamment en raison de la neutralisation du rôle du libraire…).

Et il n’est pas abusif de prétendre que bien des revues savantes et des collections d’éditeurs scientifiques (voire la production entière de ces éditeurs) survivent aujourd’hui grâce à ces souscriptions contractées par les bibliothèques… La souscription s’explique par une relation entre un fournisseur et un consommateur, pour le placer en termes de marché. Mais sur quoi repose cette relation privilégiée ? Si au départ c’était le prestige d’un auteur, l’intérêt d’un projet (ou son caractère risqué…), aujourd’hui cela repose d’une part sur une ambition d’exhaustivité (ou d’offre la plus importante aux usagers, facteur de plus en plus critique pour les bibliothèques), d’autre part sur une foi scientifique : toute source de savoir mérite qu’on la diffuse.

Les logiques sont-elles bien différentes, lorsque l’on compare les corpus scientifiques et les corpus littéraires ?

En ce qui concerne les corpus littéraires, il y a certes des spécialisations associées aux bibliothèques publiques et universitaires (selon les politiques internes, certains sous-ensembles sont privilégiées, fonction des publics visés). La remarque s’appliquait fortement aux corpus matériels (livres, périodiques) ; est-ce que ces orientations politiques guideront aussi la souscription aux contenus littéraires numériques ? En théorie, rien ne laisse croire qu’il en sera autrement… mais les institutions se prêteront-elles de la même façon au repérage des contenus numériques, à leur validation (la foi…) et à leur souscription individuelle ? C’est évidemment sans compter le problème irrésolu des liens 404 — il faudra vérifier périodiquement tous les liens numériques ajoutés au catalogue d’une bibliothèque (ou simplement attendre les complaintes des usagers ?).

Et est-ce que la souscription sera le critère d’inclusion des contenus dans les catalogues des bibliothèques ? Autrement dit, y a-t-il pertinence pour une bibliothèque d’écumer le web pour repérer des contenus scientifiques et littéraires pertinents qui seraient gratuits (donc, en soi, disponibles à tous) ? Les revues savantes en open access méritent certainement d’être référencées… mais que dire des contenus littéraires disséminés à tous vents ? Les bibliothèques remplaceront-elles Google ?

(photo : « cyclopedia », kellypuffs, licence CC)

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Éditions savantes électroniques : la résistance du livre

21 octobre 2008

Encore une fois, on remarque tout naïvement qu’une édition savante électronique procurerait un confort de lecture tellement plus grand aux différentes classes de lecteurs — Richard Herley ajoute le facteur ebook dans sa réflexion :

E-books can offer a perfect solution. Such notes could be hyperlinked, and each link graded. Beginning readers could leave them all visible; middling readers like me could hide the elementary ones; and academics could hide all but the most advanced. Or indeed, if the text were being re-read, they could all be hidden, and made visible only when the word or phrase was touched with a finger or stylus.

Évidence d’une approche nouvelle et tellement plus lucide des éditions savantes, qui pourtant ne réussit pas à s’imposer. Car la résistance est double. D’une part, le confort visuel de lecture (l’argument dérivé de celui du bathtub : « lire à l’écran est tellement pénible »), que la rapide progression des livres électroniques vient atténuer. D’autre part, la dimension nostalgique et symbolique du livre : la matérialité de l’ouvrage, la sensualité du papier (papier bible souvent, dans ces éditions interminables qui obligent à couper le papier en quatre sur l’épaisseur…), tout autant que le prestige et la prestance du livre publié chez un éditeur reconnu (Pléiade, Champion, Bibliothèque du Nouveau Monde, etc.). 

Pseudo-évidence troublante, car tout est à peu près là, disponible. Même l’an dernier, François Bon enrageait de sa nouvelle édition des Essais de Montaigne dans la Pléiade :

Alors, pour ce prix-là, j’aurais voulu un Montaigne parfait, et ce Montaigne m’enrage. On a voulu trop en faire, on veut nous expliquer Montaigne, on nous prive de notre liberté avec lui, et j’en suis au point de souhaiter souvent, chaque dix pages, me débarrasser de cette édition neuve pour revenir à l’ancienne.

On nous parasite les pages avec une nouvelle suite de majuscules, comme les anciens A, B et C dont l’économie aurait pu alléger graphiquement le texte. On devrait pourtant commencer à savoir, même chez les universitaires, que l’accueil qu’on fait d’un texte c’est aussi, voire d’abord, la saisie graphique, l’unité de la page, la présence visuelle de la phrase.

Et se permettait d’envisager une utilisation intelligente des interfaces numériques :

Alors je me prends à rêver à l’écriture numérique : une version pour eReader, puisque le papier numérique arrive, où on pourrait sélectionner d’office le système d’apparence de la page, selon les A, B et C de Villey indiquant les strates principales d’écriture, ou bien, en balayant tel mot, faire apparaître, mais seulement si on le souhaite, l’indication que tel mot n’a plus, dans la langue d’aujourd’hui, son acception d’il y a quatre siècles. Ou bien tout simplement le texte nu…

Désastre économique mais mine intellectuelle, repère d’érudition ; aberration éditoriale en terme de convivialité mais tabularité nécessaire (mais inscrite dans le mauvais lieu) — les éditions savantes doivent migrer vers le support numérique ou se décliner en de multiples versions selon les lecteurs. Mais l’arborescence textuelle propre au paradigme numérique reste la voie royale pour la glose scientifique. Au delà des résistances, ce passage non (encore) réalisé s’explique sûrement par une méconnaissance des moyens. Il faut trouver moyen de démocratiser tout ça…

(via la feuille)

(photo : « Margin Release », robotography , licence CC)

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Du livre au numérique, une littérature se réinventant

29 août 2008

115805043_c5dac1db3c_m1.jpgFrançois Bon, partant des Conseils aux jeunes littérateurs de Baudelaireréfléchit au déplacement de la littérature sur le continuum livre — numérique :

le numérique désormais crée ses propres auteurs. Il me semble qu’on va de moins en moins prendre à la légère cet axiome : les auteurs qui naissent par le numérique accomplissent la vieille fonction littéraire [...]. Les auteurs nés par le numérique, dans leur diversité de pratique, constituent à la fois le visage actuel de la littérature, mais aussi le renouveau de ses fonctions. Ils ont peu à peu la charge de la continuité, de la transmission, que n’assument plus les instances traditionnelles [...] c’est là où l’approche collective que représente l’Internet d’aujourd’hui est devenu en deux ans un acteur majeur, qui reste en partie inconnue à ses propres participants, tant il ne vaut que par le collectif.     

Il y a là, il me semble, l’une des premières affirmations de cette intervention majeure de la communauté, du collectif, dans la transformation que le support numérique peut opérer sur les tenants et aboutissants de la littérature. Non pas le fait que cette mutation soit prise en charge par des conglomérats commerciaux aux reins suffisamment solides, au contraire : FBon insiste sur l’horizontalité des mouvements de redéfinition de l’édition littéraire. Des acteurs, des instances de médiation, tous plongés dans une économie/écologie aux principes encore à définir et à inventer. Et FBon de poursuivre sur le rôle capital d’une computer literacy au sens large :

Nos usages de l’information, du partage et de l’acquisition de savoirs, nos apprentissages, aussi bien que nos échanges privés et professionnels passent par le numérique. La réflexion sur le langage, sur le monde, sur la représentation, que nous installons progressivement s’appelle littérature. Il y a une disproportion d’évidence : ce que nous nommons le « contemporain » (ou bien « la littérature en train de se faire », au temps de Digraphe) est une part minime, silencieuse, discrète. Néanmoins, elle peut être le lieu sismique du basculement.    

Littérature comme témoignage du mode contemporain d’appréhension du réel, comme incarnation de nouvelles modalités d’expression de cette réalité, d’où la mobilisation de nouveaux outils, de nouveaux instruments adaptés à cette saisie du monde : voilà certainement l’une des lectures les plus fascinantes de l’inscription de la littérature dans l’univers numérique, qui se fait non par un geek illuminé (aussi sympathique soit-il!), mais par quelqu’un qui provient de la littérature au sens conventionnel du terme, qui travaille à cette transition et qui se permet de voir au-delà. (photo : « numeral types », threedots, licence CC) 

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